LES JUSTES PARMI LES NATIONS

Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, ces femmes et ces hommes furent considérés comme l’honneur de leur pays. En réalité, ils étaient, et resteront ad vitam aeternam, l’honneur de l’humanité tout entière.

Le Talmud enseigne : « Celui qui sauve une vie sauve l’humanité tout entière. »
Ces Justes furent en réalité bien plus nombreux encore, même si les êtres capables d’un tel courage restent toujours trop rares.

En 1953, la Knesset — le Parlement israélien — adopta une loi créant l’Institut pour la mémoire des martyrs et des héros de la Shoah, connu sous le nom de Yad Vashem, à Jérusalem.

Cette loi prévoyait également de rendre hommage aux Justes parmi les Nations : ces non-Juifs qui, au péril de leur vie et souvent de celle de leur famille, ont sauvé des Juifs dans les territoires occupés par l’Allemagne nazie, sans en attendre aucune récompense.

Une commission publique, instituée au sein de Yad Vashem — le Département des Justes —, examine, sur base de témoignages et de documents, si les candidats répondent aux critères stricts permettant cette reconnaissance.

On ignorera probablement longtemps le nombre exact de ces sauveurs, héros discrets et courageux.
Cependant, en janvier 2025, le titre prestigieux et unique au monde de Juste parmi les Nations avait été attribué à 28.486 personnes issues de 51 pays.

Parmi elles, 1 812 Belges, provenant de toutes les classes sociales, de confessions religieuses et d’opinions politiques diverses.

En Belgique, ces sauvetages ont souvent reposé sur des réseaux de solidarité mêlant citoyens ordinaires, religieux, enseignants, résistants et familles d’accueil.

Ce timbre belge rend hommage à Yvonne Nèvejean (1900–1987).

Il présente son portrait dessiné en tons doux, avec un style artistique qui évoque la mémoire et l’histoire. En arrière-plan, on distingue des silhouettes d’enfants, symbolisant les nombreux enfants juifs qu’elle a aidés à sauver pendant la Seconde Guerre mondiale.

Une étoile jaune apparaît également, rappelant le contexte des persécutions nazies. La mention “Belgique–België” et la valeur faciale du timbre sont visibles, ainsi que l’inscription Europa, indiquant qu’il fait partie d’une émission européenne

Tous ces Justes partagent au moins un point commun essentiel en temps de guerre : leur humanité et leur courage.
Fait remarquable, les demandes de reconnaissance continuent encore aujourd’hui d’augmenter, preuve que cette histoire demeure vivante et que la mémoire se construit toujours.

Leur héritage nous rappelle que, même dans les périodes les plus sombres de l’Histoire, le choix de l’humanité reste possible.

La reine Élisabeth de Belgique (1876-1965), épouse d’Albert Ier, a été reconnue comme « Juste parmi les Nations » par le mémorial Yad Vashem pour son rôle actif dans le sauvetage de Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.
Elle a utilisé son influence et ses contacts pour protéger des enfants Juifs et des familles de la déportation. 
  • Actions : La reine Élisabeth est intervenue auprès des autorités allemandes pour obtenir la libération de personnes arrêtées et a aidé à cacher des enfants Juifs dans des institutions religieuses ou des familles.
  • Reconnaissance : Son titre de « Juste parmi les Nations », fut décerné en 1965 par l’Institut Yad Vashem en Israël. Ce prix souligne son courage et son humanisme désintéressé au péril de sa vie.
  • Contexte : Durant l’occupation, la Reine a refusé de collaborer et a maintenu une position d’insoumission, soutenant la population. 
Elle fait partie des plus de 1 800 Belges honorés de ce titre pour avoir risqué leur vie en sauvant des Juifs. 

Quelques grands Justes

🇵🇹 Aristides de Sousa Mendes

Consul du Portugal à Bordeaux en 1940, Aristides de Sousa Mendes délivra des milliers de visas contre les ordres du gouvernement portugais, permettant à des réfugiés juifs et opposants au nazisme de fuir la France occupée.

👉 Estimation : environ 30.000 personnes sauvées

🇸🇪 Raoul Wallenberg

Diplomate suédois en poste à Budapest en 1944, Raoul Wallenberg distribua des passeports de protection suédois et mit en place des refuges diplomatiques pour soustraire des Juifs hongrois aux déportations.

👉 Estimation : entre 20.000 et 100.000 personnes sauvées

🇯🇵 Chiune Sugihara

Consul du Japon à Vilnius (Lituanie) en 1940, Chiune Sugihara délivra des visas de transit permettant à des milliers de Juifs, principalement originaires de Pologne, de fuir vers le Japon via l’Union soviétique.

👉 Estimation : environ 6.000 personnes sauvées

🇧🇪 Yvonne Nèvjean

Yvonne Nèvejean est la première femme à diriger l’Œuvre Nationale de l’Enfance (ONE).

Dans cette position, et à l’insu de sa hiérarchie, elle prendra des décisions courageuses pendant la Seconde Guerre mondiale et sauvera de la déportation plus de 3 000 enfants juifs en Belgique.

À partir de 1942, elle crée des foyers pour cacher des enfants juifs, les faisant passer pour des enfants en convalescence ayant des problèmes familiaux. Elle coopère avec le Comité de Défense des Juifs (CDJ) pour placer ces enfants dans tout le pays.

Après la guerre, Yvonne Nèvejean reçoit de nombreuses décorations, en Belgique et à l’étranger.

🇵🇱 Irena Sendler

Irena Sendler (Sendlerowa) est assistante sociale à Varsovie lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate en 1939. À l’automne 1940, les Nazis enferment les Juifs dans le ghetto de Varsovie. Irena profite de son poste et de son réseau pour leur fournir de la nourriture et les aider financièrement.

Fille d’un médecin généreux, elle suit son exemple en sauvant des vies. Torturée par la Gestapo, elle ne parle pas. À la fin de la guerre, Irena retrouve dans son jardin une jarre contenant les noms des 2 500 enfants qu’elle a sauvés.

🇩🇪 Oskar Schindler

Industriel allemand et membre du parti nazi, Oskar Schindler utilisa ses usines en Pologne occupée pour protéger ses ouvriers juifs de la déportation, en les faisant passer pour indispensables à l’effort de guerre.

👉 Estimation : environ 1.200 Juifs sauvés

Les Justes diplomates seront jugés à la fin de la guerre par leurs pays respectifs pour avoir (ou pas) désobéi aux ordres de leurs gouvernements. Souvent, suite à un jugement en interne, ils seront considérés comme traîtres à la patrie, perdront leur emploi, leurs titres et leurs salaires et par là-même leur rang social.

Nombre d’entre eux mourront dans la misère et l’anonymat.