Les Enfants Cachés

Sans les Justes, pas d’enfants cachés; sans les enfants cachés, des Justes aussi différents qu’Oskar Schindler ou …

La fille du Pharaon ouvrit (le panier) et y vit l’enfant : c’était un garçon en pleurs. Elle le prit en pitié et dit : « c’est quelque garçon des Hébreux »  Exode, 2,6

Dès sa naissance, Moïse fut abandonné par sa mère pour le préserver de la mort. Il sera sauvé et caché par la fille de Pharaon dans le palais de ce dernier. L’histoire biblique vient de nous présenter la première Juste qui a sauvé le premier Enfant Caché.

A partir de 1940 en Belgique, à l’instar de l’Allemagne et des autres pays occupés, le gouvernement nazi va promulguer toute une série d’ordonnances qui, peu à peu réduiront la liberté des Juifs jusqu’à les mener à leur déportation et in fine à leur extermination. De nombreux Juifs essaient de fuir la Belgique à partir du Portugal vers n’importe quelle destination Outre Atlantique.

Parmi toutes ces interdictions, entre rafles et pogroms, se trouvent : l’obligation du recensement de tous les juifs, l’interdiction à exercer certaines professions, la spoliation de leurs biens, le couvre-feu obligatoire, leur confinement dans les 4 grandes villes du pays : Bruxelles, Liège, Charleroi et Anvers ; l’interdiction aux enfants juifs de fréquenter des écoles non-juives, l’interdiction de changer de résidence sans permission, la réquisition des Juifs pour le travail obligatoire en Allemagne, et bien d’autres…

Le 8 mai 1942, une nouvelle ordonnance allemande va être promulguée qui oblige tous les Juifs et leurs enfants à partir de 6 ans, à porter l’étoile jaune cousue sur leur vêtement (côté cœur !) dès qu’ils sortent dans la rue.

Soudainement, les juifs sont devenus visibles et stigmatisés.

Impossible pour eux de se cacher sans relations, ni argent.

Leur survie sera impossible sans être aidés.

C’est alors que les belges découvrent avec stupéfaction que certains de leurs voisins ou ou de leurs clients sont Juifs  et qu’ils assistent en même temps à la violence des rafles dans les gares et dans les rues du pays. Ceux qui sont choqués, iront proposer de les aider, de leur prêter un logement, de l’argent ou même encore,  de prendre en charge les enfants de ces familles acculées à n’importe quelles solutions.

Tout un réseau de caches familiales et de voisinages va se mettre en place.

Réseau de caches

Parallèlement, au-delà des associations de résistants déjà actives, une organisation ‘le Comité de Défense des Juifs’ – créée entre autres par le Professeur Chaïm Perelman, son épouse Féla et des dizaines de collaboratrices- va aussi , grâce à l’aide de milliers de personnes héroïques et généreuses, provenant de toutes les classes sociales, mettre en place un impressionnant réseau de caches disséminées dans tout le pays que ce soit dans des institutions ou chez des familles.

Entre le réseau amicaux et familiaux et le réseau CDJ très bien organisé, près de 5000 enfants Juifs belges cachés seront ainsi sauvés.

Ce sont eux, qui plus tard feront reconnaître leurs sauveurs, comme ‘Justes parmi les Nations’ souvent à titre posthume. Mais si les corps de ces enfants ont survécu, les blessures de l’arrachement à leurs familles, du sentiment d’abandon, du secret constant des origines, de leur insertion forcée dans la clandestinité, de l’attachement compliqué à une autre personne aimante, de l’ignorance et de l’angoisse du devenir de leurs parents, de la culpabilité après-guerre d’avoir survécu parmi leurs familles décimées, laisseront des traces psychologiques indélébiles qui les poursuivront toute leur vie.

Mme Myriam Abramowicz, elle-même fille d’enfant cachée, découvrira une fois adulte, le passé de sa mère. Au cours d’un voyage en Belgique, elle va rencontrer tout ce monde de secrets et de silences, que ce soit de la part des sauvés autant que des sauveurs et, en 1981 elle en fera un documentaire passionnant intitulé « Comme si c’était hier ».

Mais c’est en 1990 à New York, que la lumière va vraiment ‘s’allumer’ dans le coeur de ces enfants devenus adultes. Ce sera lors de la toute première réunion des Enfants Cachés :  deux mots qui doucement, vont commencer à apaiser leurs maux: ils ont enfin un nom, une spécificité. Ils existent.

Ils ne seront dorénavant plus seuls dans leur silence et leur secret. Ils ont finalement une histoire, une identité qu’ils vont enfin pouvoir partager avec leurs familles ou d’autres dans le même cas.

Depuis sa création en 1991, l ’ASBL belge de ‘l’Enfant Caché’ continue inlassablement de rechercher et regrouper des membres, telle une grande famille tout en recherchant et honorant ceux qui les ont sauvés. – enfant-cache.be