CONTEXTE HISTORIQUE
LA SHOAH en Allemagne et en Belgique
« Si toutes les victimes n’étaient pas juives, tous les Juifs étaient des victimes » – Eli Wiesel.
Le bref rappel historique qui va suivre n’a surtout pas pour objectif de retracer l’ensemble de l’histoire des Juifs sous l’Occupation nazie. Il vise plutôt à rappeler la situation politique et les difficultés de l’époque.
Comprendre et apprécier le contexte dans lequel se trouvaient les Juifs et combien le courage et la solidarité des Justes furent essentiels pour sauver la vie de milliers d’adultes et d’enfants juifs dans les pays occupés par l’Allemagne nazie.
L’antisémitisme : L’hostilité envers les Juifs existe en Europe depuis l’Antiquité et s’est renforcée au Moyen Âge à travers des accusations et des mythes persistants : peuple déicide, accusations de crimes rituels, empoisonnements des puits, porteurs de la Peste noire ou responsabilités supposées dans les crises économiques et sociales. À partir du XIXe siècle, cet antijudaïsme religieux évolue vers un antisémitisme racial et politique.
Hitler va considérer le peuple allemand comme le « fleuron de la race aryenne ». La définition du non-juif pour les SS sera définie comme suit : « il faut avoir 4 parents et grands-parents allemands et non-juifs ».
Le Contexte Historique
1. 🇩🇪 En ALLEMAGNE, grande puissance industrielle du 19eme siècle qui a perdu la Première Guerre mondiale, accumule des difficultés économiques et politiques, le chômage et la frustration. La prise du pouvoir par Adolf Hitler en 1933 marque une étape décisive. Son idéologie, basée sur la puissance que va représenter le Troisième Reich, expliquée notamment dans Mein Kampf, repose sur une vision raciste du monde et sur une haine obsessionnelle des Juifs, présentés comme responsables de toutes les difficultés du pays.
Le régime nazi met rapidement en place une politique de persécution systématique contre les Juifs. Une série de lois et d’ordonnances prive progressivement les Juifs de leurs droits civiques, économiques et sociaux. Cette politique s’accompagne d’une propagande omniprésente diffusée par la presse, l’affichage, la radio, le cinéma et l’éducation. Elle vise à habituer la population à la discrimination et à la violence contre les Juifs.
Les persécutions s’intensifient au fil des années. Dès 1933, le premier d’une très longue série de camps de concentration, puis plus tard d’extermination, est ouvert à Dachau. En 1938, la Nuit de Cristal marque une étape majeure dans la violence antisémite en Allemagne et en Autriche. Pendant la guerre, les Juifs sont regroupés dans des ghettos, notamment celui de Varsovie entre 1940 et 1943.
En 1939, la conférence d’Evian, à laquelle 26 pays réfléchissent sur l’avenir des Juifs, dont les États-Unis. Ils décideront finalement de leur bloquer toutes leurs frontières.
En 1942, lors de la Conférence de Wannsee, les dirigeants nazis organisent la mise en œuvre de la « Solution finale », c’est-à-dire l’extermination systématique des 10 millions de Juifs d’Europe.
En 1943, le 27 février, la dernière étape de la stratégie nazie, la « Fabrik-Aktion » allait déporter tous les Juifs allemands restants en Allemagne, de leur lieu de travail obligatoire vers Auschwitz.
Des centres de mise à mort industriels sont alors créés, dont Auschwitz-Birkenau, où plus d’un million de femmes, d’hommes et d’enfants furent assassinés, soit en étant gazés, soit en étant épuisés par le travail ou la maladie. D’autres populations, comme les Roms, les opposants politiques, les personnes homosexuelles ou handicapées, furent également persécutées et assassinées.
2. 🇧🇪En BELGIQUE, l’invasion allemande débute le 10 mai 1940. Après une courte campagne militaire, la Belgique capitule le 28 mai 1940. Le pays est alors placé sous administration militaire allemande, sous un régime appelé par les Allemands de « Collaboration loyale » et, pour les Belges, celui du « moindre mal ».
Progressivement, les autorités d’occupation imposent toute une série de mesures antisémites, quasiment les mêmes qu’ils imposent dans chaque pays occupé.
- Les Juifs doivent s’enregistrer dans un Registre des Juifs, qui reprend notamment leurs données personnelles et familiales. Ce recensement facilitera par la suite les arrestations et les déportations. Cette politique contre les Juifs est d’abord introduite de manière progressive afin d’éviter des réactions trop brutales de la population et surtout des Juifs.
- S’ensuivent des décrets et ordonnances : l’interdiction d’exercer certaines professions, la spoliation de leurs biens, le couvre-feu obligatoire, leur confinement dans les quatre grandes villes du pays — Bruxelles, Liège, Charleroi et Anvers —, l’interdiction aux enfants juifs de fréquenter des écoles publiques, l’interdiction de changer de résidence sans permission, la réquisition des Juifs pour le travail obligatoire en Allemagne, et bien d’autres…
- Cependant, à partir de 1942, soit deux ans après l’invasion allemande, l’obligation de porter l’étoile jaune permet une identification plus facile, cousue sur le côté gauche des vêtements dès l’age de 6 ans – impossible de rester anonyme. Les arrestations et les déportations vers les camps d’extermination vont s’intensifier. Les Juifs n’ont qu’une seule option : la clandestinité.
La terreur monte avec l’accélération des rafles publiques : hommes, femmes, enfants sont systématiquement embarqués, à Anvers ou Bruxelles, et conduits vers la gare de Malines. Le mot « travail » sert alors de prétexte : la caserne Dossin à Malines devient un camp de transit. belgiumwwii.be+2Encyclopédie de l’Holocauste+2
De là, entre août 1942 et juillet 1944, plus de 25 000 Juifs (et des centaines de Roms) sont déportés vers Auschwitz. Wikipédia+2gerettet-auf-zeit.eu+2
Les conditions à Dossin sont inhumaines : surpopulation, violence, humiliation, faim. belgiumwwii.be
Les trains de la mort partent charriant leurs leurs wagons vers l’enfer : 700 à 800 personnes entassées pendant plusieurs jours, sans eau, sans nourriture. bel-memorial.org À leur arrivée, beaucoup sont sélectionnés : certains survivent aux travaux forcés, d’autres sont envoyés directement vers les chambres à gaz puis aux fours crématoires. Wikipédia
En tout, sur les 55000 Juifs répertoriés en Belgique avant la guerre, près de 25 800 sont déportés via Malines. Wikipédia+1
Après la libération, seuls 5 % de ces déportés sont revenus : 781 hommes et 469 femmes. auschwitz.be+1
Une occupation différente
Les lois contre les Juifs restent les mêmes. Contrairement à l’Allemagne nazie, où les persécutions antisémites faisaient partie intégrante du régime politique et idéologique, il n’y a pas à proprement parler un antisémitisme chronique ou national en Belgique. C’est surtout dans la partie située au nord du pays que les mouvements politiques locaux collaborèrent plus aisément avec l’occupant, les Allemands leur ayant laissé espérer l’indépendance de leur région par rapport à la Belgique.
Si certaines administrations ont appliqué avec beaucoup de zèle les mesures imposées par l’occupant allemand, la société belge s’est révélée complexe et contrastée, oscillant entre collaboration, adaptation et résistance.
Dans ce contexte, de nombreux citoyens, institutions religieuses, enseignants, familles d’accueil et réseaux clandestins ont choisi de venir en aide aux Juifs persécutés, souvent au péril de leur liberté et de leur vie.
Cette situation particulière explique en partie le grand nombre d’enfants cachés en Belgique, ainsi que le rôle essentiel joué par des Justes, dont l’engagement permettra de sauver de nombreuses vies.
C’est dans ce contexte de persécution et de dangers extrêmes que des citoyens belges — issus de milieux sociaux, religieux et politiques très divers — choisirent de désobéir aux lois imposées par l’occupant et d’aider des Juifs à se cacher, survivre et parfois à fuir. Leur engagement permit de sauver de nombreuses vies et constitue aujourd’hui un témoignage essentiel du courage humain face à la barbarie.
L’histoire des Justes parmi les Nations*, comme celle des enfants cachés, est indissociable de celle de la Shoah.
Durant cette période marquée par l’extrême violence de la Seconde Guerre mondiale, certains hommes et certaines femmes devinrent, pour les persécutés, une lumière dans l’obscurité.
*« Justes parmi les Nations » est un titre que les sauveurs ont reçu après la guerre si le dossier soumis à la demande des sauvés était accepté par Yad Vashem, Institut du Mémorial de la Shoah à Jérusalem.