La résistance Belge et la résistance Juive

Imagine un pays petit comme la Belgique, que l’on peut traverser d’un bout à l’autre en quelques heures. Quand les nazis imposent leurs lois, les Juifs n’ont presque nulle part où aller. Et pourtant, plus d’un Juif sur deux en Belgique survivra grâce au courage d’hommes et de femmes ordinaires.

Entrer dans la clandestinité

Dès 1942, tout bascule : étoile jaune, rafles, perte des moyens de vivre. Les Juifs doivent disparaître. Cela demande :

  • de l’argent pour déménager et acheter de faux papiers,
  • un nouveau nom, une nouvelle identité,
  • et surtout, des contacts fiables.

Les enfants doivent apprendre à mentir pour survivre : changer de nom, devenir “catholiques”, apprendre les prières, parfois même changer de langue… et accepter sans poser de questions que leurs parents ne reviendront peut-être pas.

La solidarité : voisins, médecins, prêtres, familles

Des milliers de Belges ouvrent leur porte, parfois spontanément : un voisin, un client, un médecin de famille. Un tiers des enfants cachés le seront grâce à ces initiatives individuelles. De vrais liens se créent entre familles d’accueil et enfants, souvent pour toute la vie.

Les Foyers Léopold III et le rôle de la Reine Élisabeth

Des familles aristocratiques transforment leurs domaines en centres d’accueil. On y mélange discrètement enfants belges et enfants juifs sous fausse identité. À Beloeil, près de 160 enfants seront cachés. Certaines de ces familles deviendront Justes parmi les Nations.

Le CDJ : la résistance juive organisée

En 1942, la communauté juive crée le Comité de Défense des Juifs (CDJ). Avec l’aide du Front de l’Indépendance, il met sur pied un réseau impressionnant : cacher 20 000 Juifs, dont 4 000 enfants. Une trentaine de jeunes femmes du CDJ sillonnent le pays et placent les enfants en sécurité, parfois quelques heures avant l’arrivée de la Gestapo.

Les Partisans Armés, dont de nombreux Juifs, mènent aussi des actions contre l’occupant. L’une des plus célèbres : l’attaque du XXe convoi vers Auschwitz, la seule en Europe.

Yvonne Nevejean : l’arme secrète du sauvetage

Directrice de l’Œuvre Nationale de l’Enfance, elle peut faire placer des enfants partout : orphelinats, couvents, colonies, sanatoriums… Grâce à son énergie et à son carnet d’adresses, elle débloque des fonds, obtient des libérations et prévient les institutions en danger. Sans elle, le sauvetage des enfants aurait été impossible.

L’Église catholique et protestante

Des prêtres, des religieuses et des pasteurs prennent d’énormes risques.

  • L’abbé Joseph André à Namur cache des centaines d’enfants.
  • Les protestants, pourtant peu nombreux, ouvrent leurs foyers, falsifient des papiers et négocient la libération de Juifs arrêtés.

L’administration et les “petits gestes héroïques”

Fonctionnaires, postiers, policiers… Beaucoup aident en secret :

  • en fournissant de faux papiers,
  • en retardant les dénonciations,
  • ou simplement en détournant le regard.

Risques et sacrifices

Aider un Juif, c’est risquer l’arrestation, la torture ou la mort. Plusieurs Belges seront exécutés pour “aide aux Juifs”.

Un échec pour les nazis

En 1942 déjà, les nazis se plaignent : “les Juifs ont disparu”.
En réalité, la population belge les protège.

Grâce à cette solidarité incroyable, plus de la moitié des Juifs de Belgique survivront. C’est l’un des plus grands échecs du projet nazi en Europe de l’Ouest.

L’attaque du XXème convoi est encore très présente lorsque le 19 avril 1943, un petit groupe de résistants ( 2 juifs et 1 non-juif) réussissent  à arrêter un train de déportés et à permettre l’évasion de 236 prisonniers.

Cet acte restera unique dans l’histoire de la résistance européenne.

Plus de 1000 résistants juifs y participeront : 200 des leurs seront exécutés par les nazis.